Hans le malin

Hans le malin en représentation

Au début du XXème siècle, Wilhelm von Osten, un professeur de mathématiques, célébra sa retraite en passant quelques temps à parcourir la campagne Allemande.
Il réapparut un beau jour en ville, montant un grand cheval brun, qu’il avait appelé Hans, et dont il vantait à qui voulait l’entendre les talents exceptionnels.
Ainsi devant une foule de badauds rassemblés hâtivement, Von Osten entreprit maintes expériences tout bonnement effarantes : Il posait des questions basées sur des chiffres à Hans, qu'il formulait soit oralement en allemand, soit par écrit sur un tableau, et le cheval répondait en tapant du sabot.

Pour déchiffrer la question, l’animal devait donc être capable de décomposer les sons articulés en mots et syntagmes ayant un sens, ou bien comprendre des symboles manuscrits. Les procédés relèvent, en soi et indépendamment l’un de l’autre, de facultés hors normes.

Mais ce n’étaient pas là les seules qualités de la bête. Hans était particulièrement doué en arithmétiques, et parvenait facilement à résoudre, en nombres entiers, additions, soustractions, fractions et racines, d’un niveau égal à celui d’adolescents au collège.

Hans avec Wilhelm von Osten

L’effet sur les badauds fut spectaculaire. Évidemment le professeur fut accusé de n’être qu’un charlatan ordinaire. Mais sa réponse fut alors expéditive : « mon cheval est un génie des mathématiques, prouvez-moi le contraire. »
Il accepta donc qu’une commission de treize scientifiques, menée par le psychologue et philosophe Carl Stumpf, s’isole avec Hans pour effectuer bon nombre de tests. Les savants revinrent quelques semaines plus tard annoncer au monde la découverte du siècle : Kluge Hans (Hans le malin) avait passé toutes les épreuves avec succès, "la commission Hans" venait de le couronné du titre de premier cheval au monde doué en mathématiques, et cela fit grand bruit dans l’Europe entière.

Cependant, un psychologue dénommé Oskar Pfungst ne voulut pas croire à ces sornettes, et demanda à son tour l’autorisation de garder Hans pour le soumettre à quelques expériences. Le scientifique prouva en très peu de temps que tout ceci n’avait rien de mathématiques. Il fit entrer Hans dans une salle remplie d’un public exclusivement constitué d’enfants et de paysans analphabètes, ignorant les réponses, et là…le cheval…enfin…séchait.
On pensa alors à des facultés de télépathe, ce qu’Oskar réfuta, en expliquant sa thèse : Le corps et le visage humains donnent des informations, Hans était assez malin pour les déceler et les utiliser. Tout en tapant du sabot il observait les membres du public ou les scientifiques qui l’interrogeaient, et il était informé par d’infimes variations de comportements lorsque venait le moment pour arrêter son geste. Bien que personne dans l’assistance n’ait eu conscience de ce qu’il communiquait, le cheval puisait en eux les indices nécessaires.
En fait, même après qu'Oskar Pfungst eut découvert ce procédé, il fut incapable de ne pas donner les réponses à Hans. Certaines parties de son corps, comme ses sourcils, indiquaient malgré lui au cheval d’arrêter de taper du sabot, et Hans s’exécutait.

Hans le malin n’avait aucune notion des nombres ou des mathématiques, mais il méritait tout de même son surnom. Il était sublime pour décoder le langage du corps, et, en l’occurrence, celui du corps humain.

Hans avec Oskar Pfungst



tiré du livre "A quoi pensent les animaux?" de Marc D. Hauser et de Wikipedia

9 lecteurs et huit pattes velues:

Olivier SC a dit…

Superbe ! ce petit nouveau et : certainement plus dans mon contexte pour mes Revues ... Faut réfléchir ...

Bonne journée !

Scheiro a dit…

Excellent, drug Raf !!! Mis à part le langage des abeilles, je ne sais pas grand chose de l'éthologie, sauf en ce qui concerne le mamifère le plus con de la Terre, l'animal à deux pattes ;-))

Comme tu le sais, l'histoire de Hans a jetté un grand discrédit dans le milieux scientifique. L'étude du comportement animal a longuement été laissée de côté et il est temps de rattraper le retard pris en ce domaine.

Tu viens de gagner un fidèl lecteur ;-) La mise en page est parfaite !
Et j'en profite pour te dire que j'ai aussi ouvert un nouveau blog. C'est un scoop : tu es le 1er à qui je le fais savoir, camarade !

raf a dit…

Merci pour votre passage et vos compliments les amis.
L'histoire de Hans n'a pas complètement ralentit l'étude des animaux. Mais "l'effet clever Hans" a créer un mouvement scientifique qui prônait l'étude des animaux en les isolant de tous rapports avec leurs congénères ou avec leur entraîneur humain.
Jusqu'à ce que Irene Pepperberg qui élevait et étudiait le chimpanzé Washoe conteste cette nouvelle vague en expliquant qu'ils se privaient ainsi de nombreuses possibilités dans leurs études, car nombre de phénomènes ne peuvent s'étudier que dans un cadre social et n'apparaissent plus lorsqu'on isole l'animal.

Du coup il y a une sorte de retour à l'éthologie telle qu'elle existait avant Hans.
Jusqu'au prochain singe qui fera mine de savoir écrire, photographier, et bloguer ! :-))

Evret a dit…

Un cheval est meilleur en maths que moi :'(

Sympa comme idée! Mais si je puis me permettre un template un peu plus moderne rendrai le blog plus sexy.

Bon courage!

raf a dit…

merci de ton passage Evret.
Vu que je me demande si ce blog est suffisamment facile à comprendre et que je suis venu réclamer ton avis pour cette raison, j'avoue que ta première phrase m'effraie un peu. Mais j'imagine que c'est juste une petite boutade, et que tu avais compris que ce cheval n'a rien d'un génie des maths.

Sinon, j'avais l'impression d'avoir fais des efforts pour rendre la "déco" plutôt sexy. Mais en vain apparemment, je vais voir si de nouvelles idées sur ce point traversent mon esprit.
à bientôt :-))

Evret a dit…

Je te jure Raf lorsque je suis seul au tableau j'ai beau regarder mes camarades ou le prof, étudier leurs sourcils... Je n'arrive toujours pas au résultat du problème! ;-)

raf a dit…

aaaaaah tu avais donc tout compris !
me voilà rassuré ! :-))
Si ça peut te réconforter nous sommes deux a trouver les maths très obscurs, et aucun humain, pour l'instant, n'a révélé des facultés d'analyse du langage corporel au niveau de ce cheval. Hans est un maître inégalé de cette discipline. Sacré nom d'un ch'val !

coco_des_bois a dit…

Absolument superbe histoire...

Jusqu'à il y a peu, nous avions un cheval en Auvergne, dont le pré était à 15m de la maison, et le matin, mon frère et moi descendions lui donner à manger (et lui faire des calins). Le coin du pré le plus proche de la maison était invariablement le lieu où se trouvait le nommé Mont Dore.
Je me souviens que la plupart du temps, quand il était réveillé, il appelait assez tôt par quelque hennissement sympatique. Je sortais dans la rosée et j'allais lui donner à manger. Jusqu'au jour où je remarquais qu'il ne mangeait pas vraiment, ou en tout cas pas avec l'appétit qui était le sien après une grosse ballade.

En fait il voulait des calins, et il était doué d'un faculté pour le moins hors normes, il faisait des bisous, suffisait d'approcher sa joue de son museau et hop, un pti bisou amical... et donc je passais de longs moments pendu à son cou.

raf a dit…

wouaaah voilà une histoire drôle et tendre qui me laisse rêveur... Petits chanceux de provinciaux ! :-)

Moi j'ai eu une enfance (heureuse mais) parisienne, et déjà tout petit je ne voulais aller qu'au zoo et sur les quais de châtelet qui fourmillent d'animaleries.

J'ai donc rencontré les animaux dans de sinistres conditions, ce qui n'a en rien empêché la fascination.